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La fin programmée du Service Public National d’Education

 

Intervenant: Jean-Paul BEAUQUIER, Enseignant Retraité - Responsable Syndical 

 

 

I. Les bases de la politique éducative

 

Déclaration de Philadelphie de 1944, fondatrice de l’Organisation Internationale du Travail:

« Tous les êtres humains, quels que soient leur race, leur croyance ou leur sexe, ont le droit de poursuivre leur progrès matériel et leur développement spirituel dans la liberté et la dignité, dans la sécurité économique et avec des chances égales. »

« la garantie de chances égales dans le domaine éducatif et professionnel. »

 

Le préambule de la Constitution de 1946, repris par la Constitution de la Ve République, alinéa 13:

« La Nation garantit l'égal accès de l'enfant et de l'adulte à l'instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L'organisation de l'enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l'Etat. »

 

Les grands axes politiques fixés dans les années 1980

 

• Elever le niveau de formation et de qualification de tous les élèves d’une classe d’âge afin d’atteindre 100% qualifiés, 80% au niveau du bac et 50% dotés d’un diplôme du supérieur;

• Prévenir les sorties sans qualification, lutter contre le décrochage scolaire et les abandons dans le secondaire comme dans le supérieur;

• Mieux gérer les transitions entre cycles d’enseignement et au moment de l’insertion professionnelle;

• Permettre à tous un accès plus facile et plus lisible aux services d’information et d’orientation;

Ainsi, une place centrale est accordée à l’orientation, qui s’appréhende au-delà de la formation initiale et tout au long de la vie. La résolution européenne de novembre 2008 définit quatre axes prioritaires:

• Favoriser l’acquisition de la capacité à s’orienter tout au long de la vie;

• Faciliter l’accès de tous les citoyens aux services d’orientation;

• Développer l’assurance qualité des services d’orientation;

• Encourager la coordination et la coopération des différents acteurs au niveau national, régional, local.

 

 

 

II. La politique actuelle

 

La politique de la droite en matière d’éducation repose sur une mise en cause insidieuse de la totalité du système éducatif. Celle-ci s’appuie sur différents éléments:

 

• Des théoriciens de la transformation sociale, dont notamment Denis Kessler, représentant du MEDEF sous Balladur, qui cible l’Éducation nationale, la fonction publique et les services publics

• L’interprétation de certaines études, notamment PISA (Programme International pour le Suivi des Acquis) sans tenir compte des différences historiques entre les différents systèmes éducatifs

• Une série d’ouvrages tel que « La fabrique du crétin » de J.P. Brignelli sur le déclin du système éducatif français.

 

a. La politique budgétaire

 

La politique budgétaire en matière d’éducation a pour unique objectif de réduire les dépenses en agissant sur différents leviers, c’est sous cet angle qu’il faut interpréter les réformes du gouvernement: augmentation de la taille des classes, changement des rythmes scolaires, fin de la scolarisation dès 2 ans, suppression des RASED, remplacement des enseignants (emploi de vacataires sans formation), suppression de l’année de formation des professeurs stagiaires, etc.

 

Ces dernières années, l’enseignement primaire et l’enseignement privé étaient relativement épargnés par les suppressions de poste. Ce n’est aujourd’hui plus le cas. Pour 2011, 16.000 postes seront supprimés dont 8.700 pour l’enseignement secondaire.

 

b. L’orientation

 

Malgré les évolutions du système éducatif durant les années 70-90, il n’en demeure pas moins qu’il est très contraignant en matière d’orientation:

 

• Premier choix d’orientation dès l’âge de 15 ans en classe de 3ème,

• Poursuites d’études dans des voies très cloisonnées avec des objectifs très différenciés (poursuites d’études longues ou marché du travail à court terme);

• Peu de possibilités de réorientation;

• Le poids accordé à l’évaluation est prépondérant dans l’affectation;

• pas assez de places en lycée pour accueillir tous les élèves.

 

Selon les académies, la sélection joue plus encore: c’est le cas de notre académie.

 

Quelques chiffres de l’orientation post-troisième en juin 2010 à Aix-Marseille:

 

Vers la voie générale et technologique


Passage en 2nde GT :

59% (-4,5% par rapport au taux national);

Fin de 2nde GT

Passage en 1ère :

80,1% (-3,6% par rapport au taux national).

Réorientation vers la voie pro: 7% au niveau académique (+1,1% par rapport au taux national) dont seulement la  moitié obtiennent une place en LP.

 

Conclusion: Malgré un taux de passage en 2nde plus faible que celui de la moyenne nationale, le pourcentage d’élèves qui accèdent en 1ère est inférieur à celui de la moyenne nationale, le taux de réorientation supérieur.

 

 

Vers la voie pro et en apprentissage


10.282 places en LP pour 30.642 demandes soit en gros seulement un tiers des demandes satisfaites!

 

Vers le CAP :

Environ 11% de demande (+ 5% par rapport au taux national), dans certains bassins 14%.

2.196 places pour 3.382 demandes soit environ deux tiers seulement des demandes satisfaites.

Compte tenu du peu d’élèves qui poursuivent leurs études vers une 1ère pro (199 en 2010 soit environ 10%), ces décisions d’orientation ont un caractère irréversible. Et pourtant, malgré ce tri, on compte 17,5% de décrocheurs dans la voie pro (5% en 3ème).

 

Vers l’apprentissage :

En 2009, 60% de contrats n’ont pas été signés.

 

 

Conclusion: dans notre académie, les effets du système sont amplifiés.

 

La structure de notre système est ainsi autant à réformer que la façon d’appréhender l’orientation, laquelle tend plus actuellement vers la résolution des difficultés scolaires ou encore le tri des élèves selon leurs capacités plutôt que vers l’aide que l’on pourrait apporter aux élèves pour s’épanouir, grandir, choisir…

 

Autrement dit, pour une orientation choisie qui offre la possibilité de poursuites d’études réelles, il faut un système de formation structuré autrement: le collège ne doit pas assumer toute la sélection. Il s’agit donc:

 

• De desserrer le poids de décisions d’orientation trop précoces; en cela, le palier d’orientation 3e n’est pas approprié;

• De réorganiser l’accès à la culture commune sur un plus grand nombre d’années et revoir la continuité entre le collège et les lycées; cela n’est possible que si l’on prolonge la scolarité obligatoire jusqu’à 18 ans;

• De garder beaucoup plus ouverte la possibilité de se réorienter entre les différentes voies de formation.

 

 

Concernant l’orientation tout au long de la vie, les objectifs qui lui sont assignés apparaissent disproportionnés et ne considèrent pas les réels enjeux.

 

Ainsi, l’adéquation orientation-emploi est tout aussi « introuvable » que celle entre entre formation et emploi. En effet, une « bonne» orientation qui résoudrait mécaniquement les problèmes d’accès à la qualification des jeunes ainsi que leurs difficultés d’insertion professionnelle est impraticable.

Ce serait oublier que la question de l’emploi est toujours liée à celle de sa qualité, de la revalorisation des métiers et des professions, donc prioritairement à une démarche politique volontariste.

Ce serait oublier également que l’insertion est très dépendante du marché de l’emploi, lequel évolue en fonction de la situation économique.

Car ce n’est ni une bonne orientation ni une bonne formation qui créent l’emploi. Il ne faut en effet jamais oublier que c’est une situation de chômage de masse, maintenant hélas ancienne, qui affecte gravement les problèmes récurrents d’accès à l’emploi.

 

L’orientation relève aussi d’une impasse si on néglige la complexité des mécanismes individuels et collectifs qui favorisent l’obtention d’un diplôme puis l’emploi: on sait qu’avec le même diplôme, l’accès à l’emploi est très différencié. 

L’orientation ne pourra jamais suppléer à une politique de l’emploi ou à une politique industrielle.

 

De même, l’orientation ne se résume pas à deux conditions: la découverte des métiers et celle des formations. À l’adolescence, mais pas uniquement, un troisième terme vient toujours impacter les deux premiers: le développement psychologique et social de la personne, la découverte progressive de soi, de ses propres ambitions et motivations. 

 

Ce travail qui s’élabore dans la durée est central dans l’accompagnement des jeunes scolarisés pour qui la question de l’insertion professionnelle est différée et envisagée sur le plus long terme. 

 

Les outils mis en place par l’Éducation nationale comme « le livret personnalisé de compétences » ou « le passeport orientation et formation » et son support NTIC, le web-classeur ONISEP, conçus de façon peu scientifique et avec un objectif d’évaluation, ne peuvent répondre aux réels besoins d’accompagnement des élèves.

 

Par contre, l’écoute, le soutien, l’aide à l’adaptation et à l’élaboration de projets, dans le cursus des jeunes jouent un rôle prépondérant dans la réussite scolaire: dans cette optique, l’orientation peut être l’un des outils d’une politique ambitieuse d’élévation du niveau des qualifications et de réductions des inégalités. 

 

Parce qu’elle concerne un public spécifique, le public en formation initiale, l’orientation scolaire doit être différenciée de l’orientation professionnelle. 

 

La Loi sur l’orientation et la formation tout au long de la vie installe un certain nombre de dispositions dont les conséquences pourraient être ravageuses pour le service rendu aux élèves et aux parents si elles sont traduites dans les textes: 

 

• La labellisation d’organismes privés ou associatifs pour intervenir auprès des élèves et des étudiants;

• La création d’un Délégué Interministériel chapeautant les ministères de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de l’Emploi et décidant des critères de labellisation, évaluant les politiques de formation professionnelle et proposant les axes pour la politique d’orientation scolaire, dessaisissant ainsi l’Éducation Nationale de toute responsabilité en la matière;

• La mise en place de plateformes multimédia d’information et de premier conseil, ouvertes à tous publics;

• Le rapprochement de l’ONISEP avec le Centre Inffo et le CIDJ;

• La création de plateformes régionales multiservices du type des Cités des Métiers.

 

Les mesures déjà prises telles que la plateforme multimédia, les entretiens « d’orientation », le Passeport Orientation-Formation (rejeté récemment par le Conseil d’État) imposent de repenser et de préciser les termes d’une collaboration avec les enseignants. Mais une nouvelle attaque contre le service public d’Éducation est en germe dans la problématique du ministère.

En effet, le ministère de l’Éducation Nationale, sous couvert d’une complémentarité des missions entre les CO-Psy et les enseignants ou autres personnels de l’équipe éducative, envisage en fait une reconfiguration de leurs missions qui conduirait à exiger des CO-Psy qu’ils assurent les réponses sur les plateformes multimédias, l’accueil dans les plateformes multiservices en lieu et place de leur travail dans les établissements scolaires et universitaires et dans les CIO.

D’autant que la labellisation d’organismes privés permettrait de les remplacer par des personnels contractualisés, offrant une moindre garantie professionnelle, déontologique et de suivi.

 

 

DEBAT

 

Dans le débat qui a suivi l’intervention de Jean-Paul, la Commission a évoqué:

 

• Le mécontentement provoqué, y compris dans les rangs de la droite, par la fermeture de classes dans les zones rurales;

• La décentralisation, dont un des effets pervers et de créer des inégalités entre les établissements d’un collectivité à l’autre en raison des écarts de revenu

• La question de la culture, de l’accès à la culture, de l’appréhension des médias et de l’apprentissage de l’esprit critique

• La différence entre une mission de simple formation (« Instruction publique ») et une mission d’éducation (« Éducation nationale ») nécessaire à l’apprentissage du vivre ensemble et de l’esprit critique évoqué plus haut.

 

 

Des pistes sont donc ouvertes. Dans l'immédiat, il nous appartient de construire un projet socialiste dont l'ambition est d'assurer la réussite du plus grand nombre sur l'ensemble du territoire.

 

 

 

 

CLASSES FERMEES A AIX-EN-PROVENCE (Mai 2011)

> 3 classes en primaire

> 2 classes en maternelle

> 1 classe spécialisée pour enfants handicapés

> Aucune ouverture.

 

Quelques raisons méritent d’être soulignées :

 

- La population aixoise vieillit surtout en centre ville.

- Les jeunes couples avec enfants ont de plus en plus de mal à se loger sur Aix-en-Provence du fait du prix des loyers dans le privé et de l’absence de volontarisme  dans les programmes de logements sociaux.

- Les conditions d’enseignement se dégradent, le seuil d’ouverture est de 26 élèves, la tendance est donc à l’augmentation des effectifs par classe. Ainsi l'accueil des enfants présentant des handicaps se fait dans les classes non spécialisées sans aide spécifique aux enseignants qui malgré leur bonne volonté, ne peuvent pas réellement s'en occuper (voir effectifs).

- La scolarisation à 2 ans est en régression.

 

 

La destruction du système éducatif à Aix-en-Provence et dans le pays est donc bel et bien en marche !


 

 

 

jeudi 23 mai 2013

Rendez-vous

11 mars 2013 18:30

Commission Administrative Aix Ouest

14 mars 2013 18:30

Commission Administrative Aix Est

21 mars 2013 19:00

Assemblée Générale Aix Ouest

04 avril 2013 18:30

Commission Administrative Aix Est

11 avril 2013 19:00

Assemblée Générale Aix Est

20 juin 2013 19:00

Assemblée Générale des sections Est & Ouest

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